FRANCE, 1914-1918
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Les « fusillés pour l'exemple » de la Première Guerre mondiale
Les « fusillés pour l'exemple » de la Première Guerre mondiale
3 septembre 2008
3 septembre 2008
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Souain (Est) 27 septembre 1915, soldats français tombés devant les fils barbelés allemands. BDIC, fonds Valois, b1261 (album 77).
Les « fusillés pour l'exemple »
La « Grande Guerre » se caractérise par le progrès technique des armements et le déploiement sans précédent des capacités de destruction : utilisation des gaz, grenades et lance-flammes, de l’artillerie lourde, des avions et des chars d’assaut. Elle se solde par plus de dix millions de morts et vingt millions de blessés. Dans les tranchées, les conditions de vie difficiles, l’omniprésence de la mort et le report des permissions provoquent stress, épuisement et mécontentement parmi les soldats. Dès 1914, les autorités militaires instaurent des conseils de guerre spéciaux afin de juger rapidement et « pour l’exemple » les actes de rébellion. Parmi les chefs d’accusation : mutilation volontaire, refus d’obéissance ou désertion. Sur les 2400 soldats condamnés à mort par ces tribunaux militaires expéditifs, 600 furent fusillés, dont 430 entre 1914 et 1915.
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Lettres de camarades du caporal Maupas et témoins de son exécution, 1915. BDIC, fonds Ligue des droits de l’homme.
Le cas du caporal Maupas
Le 10 mars 1915, à Souain, après plusieurs semaines de combats infructueux, les soldats de la 21e compagnie du 336e régiment d’infanterie refusent de sortir pour attaquer et de donner un assaut qui les aurait voués à une mort presque certaine. Lors de son interrogatoire, le caporal Maupas témoigne : « Les hommes étaient complètement abattus et démoralisés. [...] Quiconque montait [hors des tranchées] devait être littéralement fauché soit par les nôtres, soit par le feu des mitrailleurs allemands ». Dès le 16 mars, vingt-quatre soldats sont déférés en conseil de guerre. Quatre d’entre eux sont condamnés à mort, sans possibilité de recours. La sentence est exécutée dans les vingt-quatre heures : le 17 mars 1915, Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Louis Girard et Lucien Lechat sont fusillés.
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Communiqué de la Ligue des droits de l’homme attestant la campagne en faveur de la réhabilitation des fusillés de Souain [1926-1928]. BDIC, fonds de la Ligue des droits de l’homme.
La campagne de réhabilitation
Alertée dès le mois d’avril 1915 par des camarades de son mari qui l’assurent de son innocence, la veuve de Maupas saisit la Ligue des droits de l’homme. Commence alors un long combat pour la réhabilitation de son mari et des « quatre fusillés de Souain » qui aboutira en 1928 à la création d’un Comité national pour la réhabilitation des victimes de guerre. Après que le ministère de la Justice a refusé d’examiner le dossier en 1920, les recours auprès de la Cour de cassation sont rejetés par deux fois en 1926. Ce n’est qu’en 1934 que la Cour spéciale de justice, instaurée spécialement pour l’examen des dossiers en suspens des conseils de guerre et composée à égalité de magistrats et de représentants d’anciens combattants, donne un avis favorable à la réhabilitation des caporaux de Souain. Seuls une quarantaine des 600 fusillés de la guerre sont réhabilités dans les années 1920 et 1930.
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La Ligue des droits de l'homme et la guerre
Dès 1914, la LDH prend le parti d’un patriotisme défensif. Elle est ensuite traversée de tensions entre pacifistes défensifs et partisans d’un arbitrage immédiat mettant fin à la guerre. Favorable à la création d’une Société des nations et à la constitution d’un droit international, elle n’oublie pourtant pas sa mission première de défense des droits individuels. Elle s’engage donc en faveur des prévenus en conseils de guerre et, au cours des années 1920 et 1930, milite pour la réhabilitation des victimes d’erreurs judiciaires. Elle mène un travail d’enquête pour soutenir les causes individuelles mais pousse aussi à l’élargissement des possibilités de recours : elle obtient, en 1921, l’extension des compétences de la Cour de cassation aux jugements des cours martiales et, en 1924, la création d’une procédure de déclaration d’innocence pour les individus exécutés sans jugement préalable.
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Les archives de la Ligue des droits de l'homme
Spoliées par les Allemands en juin 1940, les archives de la Ligue des droits de l’homme ont été restituées à la France par la Russie en 2000. Elles avaient en effet été découvertes à l’issue de la guerre par l’Armée rouge dans les Sudètes, où les Allemands les avaient transférées en raison des bombardements sur Berlin. A leur retour, la Ligue des droits de l’homme les confia à la BDIC où, deux ans, plus tard, leur traitement (18 000 dossiers) était achevé. Consultables sous la cote F delta 1932, elles constituent un corpus exceptionnel sur la défense des droits de l’homme commencée avec celle du capitaine Dreyfus, à l’origine de la création de la Ligue en 1898.
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La BDIC-MHC
Bibliothèque, musée et centre d’archives, la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) est issue d’une fondation privée créée en 1914, à l’initiative d’un couple d’industriels parisiens, les Leblanc, convaincus de la nécessité de collecter, dès les débuts de ce qui allait être la Première Guerre mondiale, toute la documentation disponible sur les causes du conflit et son développement. Léguée en 1919 à l’État, c’est aujourd’hui un organisme inter-universitaire. Ayant élargi son champ de collecte à tous les matériaux permettant d’écrire l’histoire contemporaine internationale, elle possède d’importantes collections sur la question de la défense des droits de l’homme tout au long du 20e siècle, puis au 21e siècle. Récemment, l’arrivée des archives de la CIMADE, en cours de traitement, a complété la documentation sur ce thème.
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Pour en savoir plus

Site internet Bibliothèque de documentation internationale contemporaine et Musée d’histoire contemporaine (BDIC-MHC)

Bibliographie


- Bach, André, Fusillés pour l’exemple : 1914-1915, Tallandier, 2003, 617 pages.

- Guernut, Henri, Les fusillés de Flirey, Editions de la section SFIO de Saint Mesmin, 1936, 16 pages.

- Maupas, Blanche, Le Fusillé, Paris, Maison coopérative du livre, 1934, réédition Cherbourg, Editions Isoète, 1994, 287 pages.

- Naquet, Emmanuel, « Entre justice et patrie : la Ligue des droits de l’homme et la Grande Guerre », Le mouvement social, n°183, avril-juin 1998, pages 93-109.

- Naquet, Emmanuel, « Guerre et Droit. L’inconciliable ?. L’exemple de la Ligue des droits de l’homme de l’avant à l’après 14-18 », Mil neuf cent, 2005/1, n°23, pages 93-110.

- Offenstadt, Nicolas, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, 346 pages.

- Tardy, C’était la guerre des tranchées, Casterman, 1993.

Filmographie

- Kubrick, Stanley, The Paths of Glory (Les sentiers de la gloire), film, Etats-Unis, 1957.

- Losey, Joseph, King and Country (Pour l’exemple), film, Grande-Bretagne, 1964.

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