ARGENTINE, 1976-1983
ARGENTINE, 1976-1983
La dictature des généraux
La dictature des généraux
12 juillet 2006
12 juillet 2006
suite
Photos de prisonniers et disparus pour raisons politiques, Memoria Abierta, archives photographiques.
Face à l'État terroriste
Les forces armées argentines ont pris le pouvoir une douzaine de fois entre les années 1930 et 1980. Pendant cette période, seuls deux présidents démocratiquement élus ont terminé leur mandat. Tous deux étaient généraux de l’armée. La dernière de ces dictatures militaires a gouverné le pays entre 1976 et 1983. Pour concentrer le pouvoir politique, elle a trahi la constitution, dissous le Congrès, renvoyé les juges de la Cour suprême et confisqué, censuré ou éliminé tous les moyens de communication d’opposition. Pour contrer le vaste mouvement de protestation, la junte militaire a instauré l’État terroriste comme mécanisme de répression sociale. La terreur s’est installée. Des milliers de citoyens ont été séquestrés et torturés dans des centres de détention clandestins, puis exécutés en secret. 30 000 personnes ont disparu.
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Rassemblement des Mères de la Place de Mai, 1983, photothèque ARGRA, photos de Pablo Lassantky. Memoria Abierta, archives photographiques.
L'amnésie gouvernementale
Aucun des documents originaux des forces armées qui gouvernèrent le pays durant la dictature militaire n’a pu être récupéré. Quelques rares documents des forces de sécurité permettent de connaître un peu mieux le plan de persécution et de disparition des opposants politiques. Les principales sources officielles sur la période du terrorisme d’État proviennent des instances mises en place suite aux pressions des victimes et de leurs familles. Ce n’est que le 16 décembre 2003 que le président de la République a annoncé la création d’un Archivo Nacional de la Memoria pour « collecter, analyser, classer, reproduire, numériser et archiver les informations, témoignages et documents sur la violation des droits de l’homme et des libertés fondamentales compromettant la responsabilité de l’Etat argentin ».
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Notification d’habeas corpus concernant deux personnes disparues, 1977, archives personnelles de Ilda Micucci. Numérisation effectuée par Memoria Abierta.
La mémoire des victimes
D’importants fonds d’archives ont peu à peu été constitués par les organisations de défense des droits de l’homme pendant la dictature. Réunies pour sauver des vies et apporter un conseil juridique aux prisonniers politiques, elles illustrent les violations des droits de l’homme commises par l’État terroriste grâce aux témoignages de prisonniers, de survivants des centres de détention clandestins, de familles, de témoins de disparitions et d’assassinats. Ces fonds contiennent aussi des dénonciations publiques de ces violations aux niveaux national et international : tracts, affiches, lettres... Leur importance réside dans le fait que, depuis l’ouverture démocratique, ce sont les survivants, les familles et les organisations pour les droits de l’homme qui ont fourni les informations permettant de connaître le sort des disparus et d’alimenter les causes judiciaires.
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Procès des juntas, 1984, photothèque ARGRA, photo de Juan Carlos Piovano. Memoria Abierta, archives photographiques.
Les « archives de la douleur »
Ces « archives de la douleur » qui ont servi dans une première étape à révéler la méthodologie utilisée pour imposer la terreur et éliminer l’opposition, alimentent aujourd’hui le développement des causes judiciaires. Les archives liées aux violations des droits de l’homme commises en Argentine facilitent la tâche de reconstitution du passé récent et enrichissent le patrimoine historique indispensable au débat que la société argentine se doit de développer. Ces archives deviennent une base pour la construction sociale de la vérité sur les crimes, leurs méthodes et leurs responsables. Elles permettent de faire la lumière sur des faits concrets qui continueront à alimenter les recherches judiciaires jusqu’à ce qu’il soit possible d’obtenir une Argentine sans impunité.
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Carte des principaux centres clandestins de détention, à Buenos Aires et dans les alentours.
Memoria Abierta
Plusieurs organisations de lutte pour les droits de l’homme constituent Memoria Abierta. Elles travaillent ensemble pour mettre en œuvre une réflexion et une série d’actions assurant la le développement du travail de mémoire sur le terrorisme d’Etat et les années de violence politique en Argentine, afin d’enrichir la culture politique et démocratique. Dans le cadre du programme Patrimoine documentaire, Memoria Abierta collecte, classe, préserve et met en condition d’utilisation et d’accès public des milliers de documents sur différents supports. Elle crée aussi une nouvelle source historique à partir de témoignages oraux de protagonistes et de témoins, et reconstitue une information topographique sur la manière selon laquelle l’espace urbain fut utilisé pour l’application du plan de répression illégal.
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Pour en savoir plus

Sites internet

- Memoria Abierta
- Asamblea Permanente por los Derechos Humanos (APDH)
- Centro de Estudios Legales y Sociales (CELS)
- Madres de Plaza de Mayo - Línea Fundadora
- Servicio Paz y Justicia (SERPAJ)

Bibliographie

Elle est importante et complexe. On citera en particulier :

- Matériaux pour l’Histoire de notre temps, « L’Argentine de Perón à Kirchner 1973-2003 », n° 81, Association des amis de la BDIC.

- Historia, memoria, y fuentes orales, compilación a cargo de Vera Carnovale, Federico Lorenz y Roberto Pitaluga - Memoria Abierta, CeDinbCI, 2006.

- Romero, Luis Alberto, Breve historia contemporanea de la Argentina, 2de édition, 2001 (traduit en anglais A history of Argentina in the Twentieth century, 2002).

- Pucciarelli, Alfredo (dir.), Empresarios, tecnócratas y militares. La trama corporativa de la última dictadura, Siglo XXI Editores, 2004.

- Tappata de Valdez, Patricia, « Archivos y organizaciones de defensa de los derechos humanos en Argentina », in Actes de la XXXVIIe Conférence internationale de la table ronde des archives, Comma 2004.2, Conseil international des Archives, 2004, pp. 109-114.

Les textes de cette section de l’exposition ont été élaborés d’après l’article de Patricia Tappata de Valdez, cité ci-dessus.

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