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Officier de la Marine royale du Canada (MRC) en train d’interroger un pêcheur canadien d’origine japonaise et de confisquer son bateau. Bibliothèque et archives Canada, PA-112539.
![]() À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Colombie britannique compte une population d’environ 21 000 Canadiens d’origine japonaise, dont 75 % bénéficient du statut de citoyens. Ils sont venus du Japon en une vague d’immigration couvrant 50 ans, de la fin du XIXe au début du XXe siècles. Les premiers colons de la Colombie britannique sont jaloux de leurs origines britanniques et acceptent mal les nouveaux arrivants. Les Japonais ont donc à faire face à la xénophobie, au racisme, à la discrimination. Des lois les empêchent d’exercer plusieurs métiers, ils n’ont pas le droit de vote, les permis de pêche ne leur sont pas délivrés. L’objectif est de les forcer à regagner le Japon. |
Famille d’immigrants okinawan et japonais, Vancouver, Colombie britannique, 1924, photo d’Arikado. Bibliothèque et archives Canada, collection Art Tamayose, PA-117746.
7 décembre 1941 : l’attaque du Japon sur Pearl Harbour fait craindre une invasion japonaise sur la côte pacifique. Ce risque est jugé faible par les autorités militaires canadiennes. Pourtant, sous les pressions de politiciens de Colombie britannique, qui veulent débarrasser la province et le Canada de la minorité japonaise, le gouvernement finit par alléguer que les Canadiens d’origine japonaise représentent une menace pour la sécurité nationale : suspectés de sympathie pour le Japon, ils pourraient constituer une « 5e colonne », et certains sont même soupçonnés d’être des espions. On confisque 1 200 bateaux de pêche, les écoles et journaux japonais sont fermés. |
Yuko Sato, petite fille d’origine japonaise déportée. Bibliothèque et archives Canada, PA-187817.
En février 1942, le premier ministre Mackenzie King prend une séries de décrets visant à déplacer toute personne d’origine japonaise vers des « zones de protection » à l’intérieur des terres. Tous les Canadiens d’origine japonaise sont donc emmenés vers des villes fantômes des Rocheuses, dans des camps, certains sont envoyés vers d’autres provinces, Alberta ou Manitoba, dans des plantations de betterave à sucre. Privés de leurs droits civiques, ils perdent tous leurs biens, qui sont confisqués et liquidés par décret en 1943. Les recettes des ventes sont utilisées pour payer les frais d’internement des anciens propriétaires dans les camps. Il s’agit d’une expulsion massive : plus de 20 000 hommes, femmes et enfants d’origine japonaise sont arrachés à leur foyer et déracinés, dont plus de 13 000 sont pourtant nés au Canada. |
Camp d’internement pour les Canadiens japonais, juin 1945, photo de Jack Long. Bibliothèque et archives Canada, PA-142853.
« On se prépare à se serrer la ceinture en prévision de la famine qui s’en vient… Il y a dix douches pour 1 500 femmes... Les hommes se laissent terriblement aller ». Les conditions de vie dans les camps sont primitives. Il n’y a pas d’enclos hérissés de barbelés, mais les familles s’entassent dans des abris grossiers, sans eau courante ni électricité, mal chauffés. Lors des périodes de grand froid, la maladie fait des ravages. Les déportés sont partis de chez eux avec une seule valise, quelques effets personnels. Chaque interné est fiché, photographié, et se voit affecter un matricule. On mène dans les camps une vie de promiscuité et d’indigence. Ceux qui sont envoyés dans des camps de travail, mines ou champs de betteraves, sont soumis à des conditions de vie extrêmes. Confinés dans des baraquements de chantier, ils ne reçoivent pas de salaire. |
Canadiens d’origine japonaise déportés dans des camps à l’intérieur de la Colombie-Britannique, vers 1942, photo de Tak Toyota. Bibliothèque et archives Canada, C-046356.
![]() La fin de la guerre ne met pas un terme aux malheurs de la minorité nippo-canadienne : le 2 décembre 1945 est confirmé un jugement de la Cour suprême du Canada qui stipule que le gouvernement fédéral a le pouvoir de déporter des Canadiens japonais et de leur retirer leur citoyenneté. On leur laisse le choix entre l’expulsion vers un Japon dévasté par la guerre ou la dispersion vers l’est du Canada. La plupart d’entre eux décide de rester, mais plusieurs contingents partent tout de même vers un pays où ils sont considérés comme des étrangers. Ce plan d’expulsion est abandonné en 1947, sous des pressions politiques exercées par l’Église, les groupes travaillistes et les pays asiatiques, après une tentative de déportation massive vers le Japon de 10 000 personnes, en 1946. Ce n’est que le 1er avril 1949 que les Canadiens japonais retrouvent leur liberté et obtiennent le droit de vote. |
Cuisine communautaire d’un camp d’internement à Greenwood, en Colombie britannique, vers 1943. Bibliothèque et archives Canada, C-024452.
Dans les années 1980 est menée une campagne visant à redresser les torts infligés aux Canadiens japonais. De nouveaux documents permettent de faire connaitre la question et de soutenir leur cause. La National Association of Japanese Canadians (NAJC) s’efforce de convaincre le gouvernement de reconnaitre ses torts et de proposer des réparations. Multipliant les actions de sensibilisation, elle obtient, en juillet 1988, que la loi sur les mesures de guerre soit abrogée et remplacée par la loi sur les mesures d’urgence, qui interdit de prendre des ordonnances discriminatoires et prévoit l’indemnisation des victimes de mesures prises par le gouvernement. Le 22 septembre 1988, les torts subis par les Canadiens japonais sont enfin reconnus par le gouvernement fédéral, les personnes expulsées vers le Japon retrouvent leur citoyenneté et sont personnellement indemnisées. |
Correspondance de Muriel Kitagawa à son père et à son frère, 1942. Bibliothèque et archives Canada, papiers Kitagawa, MG31-E26.
![]() Les documents présentés sont conservés par Bibliothèque et archives Canada (BAC). BAC est une institution novatrice qui regroupe depuis 2004 les collections, les services et le personnel de la Bibliothèque nationale du Canada et des Archives nationales du Canada. Les pratiques archivistiques de BAC prennent en compte les questions relatives aux droits de l’homme, à la suite d’une prise de conscience, parfois douloureuse, des erreurs passées et des graves injustices qui ont été infligées à certaines groupes ethniques ou populations. Bibliothèque et archives Canada ne peut réécrire l’histoire. Mais en tant qu’agence gouvernementale responsable de la mémoire collective de la nation, il est de son devoir de faire connaître, de collecter et de préserver les documents offrant des témoignages essentiels pour la protection des droits de l’homme. |
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Citations tirées de la correspondance de Muriel Kitagawa à son père et à son frère, 1942. Bibliothèque et archives Canada, papiers Kitagawa, MG31-E26. |
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